Elle est sortie de l'avion à l'aéroport de Suvarnabhumi à Bangkok en se sentant bien. Six heures plus tôt, elle avait effectué deux plongées de loisir à Ko Tao — des profils tranquilles, sans obligation de décompression, avec une remontée contrôlée. Dans le hall des arrivées, elle a tendu la main vers ses bagages et n'a plus rien senti en dessous de la ceinture. La sensation est revenue, puis a disparu à nouveau. Au moment de passer la douane, sa jambe droite ne répondait plus du tout.
Ce n'est pas un scénario hypothétique. C'est un cas classique d'accident de décompression (ADD) de type II avec apparition neurologique différée après une plongée apparemment sans incident, déclenché par une pression de cabine équivalente à une altitude de 2 400 mètres. Le caisson hyperbare qui l'a finalement traitée était à trois heures de route. Chaque minute de ce trajet comptait.
Comprendre l'ADD — pas seulement son nom, mais ses mécanismes, ses déguisements et les fenêtres temporelles qui déterminent l'issue — est la connaissance médicale la plus importante qu'un plongeur puisse emporter avec lui sous l'eau.
1. Qu'est-ce que l'accident de décompression ?
L'air comprimé est composé à environ 78% d'azote. En profondeur, la loi de Henry force cet azote à se dissoudre dans le sang et les tissus à des concentrations proportionnelles à la pression ambiante. Une remontée contrôlée — lente, avec des paliers de décompression — permet à l'azote de migrer vers les poumons et d'être expiré sans danger.
Lorsque la remontée est trop rapide, ou que la pression de surface chute encore (comme dans la cabine d'un avion), l'azote dissous ne peut plus rester en solution. Il forme des bulles gazeuses physiques dans les vaisseaux sanguins et les tissus. Ces bulles bloquent la circulation, compriment les nerfs, déclenchent des cascades inflammatoires et — dans les pires cas — déchirent les capillaires.
(Pour un traitement détaillé de la loi de Henry et des calculs de dégazage de l'azote, voir le guide Plonger et prendre l'avion sur ce site.)
Le résultat est l'ADD : un spectre de blessures allant d'une légère éruption cutanée à une paralysie complète, selon l'endroit où se forment les bulles et leur taille.
2. Deux types d'ADD
La médecine de plongée classe l'ADD en deux types selon les systèmes corporels affectés. Les deux sont des urgences. Aucun ne peut être diagnostiqué par le seul ressenti.
Type I — Musculosquelettique et lymphatique
Douleurs articulaires — souvent aux épaules, coudes, poignets, hanches et genoux — sourdes, profondes, sans lien avec l'effort physique. Marbrure cutanée (cutis marmorata) : une décoloration mouchetée, en dentelle, qui s'étend sur le tronc. Gonflement lymphatique aux aisselles ou à l'aine. Ces symptômes semblent gérables. C'est là le danger : un plongeur qui se repose et attend peut glisser vers le type II en se persuadant que la douleur est simplement de la fatigue musculaire post-plongée.
Type II — Neurologique, pulmonaire et oreille interne
Neurologique : Engourdissement, picotements ou brûlures — souvent décrits comme des « fourmis » qui ne passent pas. Faiblesse musculaire ou paralysie partielle. Dysfonctionnement vésical. Dans les cas graves, perte de conscience.
Pulmonaire (« les chokes ») : Douleur thoracique rétrosternale. Toux sèche et persistante. Difficultés respiratoires qui s'aggravent à l'inspiration profonde. Causées par des emboles azotés dans la circulation pulmonaire.
Oreille interne (ADD vestibulaire) : Vertige soudain, nausées et vomissements. Perte auditive — souvent d'une seule oreille. Acouphènes. Facilement confondu avec un « barotraumatisme de l'oreille » dû à des problèmes de compensation ; la distinction est importante car les traitements diffèrent.
3. Chronologie des symptômes : quand ils apparaissent
L'une des idées reçues les plus dangereuses sur l'ADD est la croyance que les symptômes apparaissent immédiatement. Ce n'est souvent pas le cas. Un plongeur qui se sent bien en surface peut se détériorer des heures plus tard — surtout s'il monte à bord d'un avion, monte en altitude ou fait de l'exercice intense après la plongée.
Chronologie d'apparition des symptômes ADD
Source : Base de données des décès et blessures en plongée DAN. Distribution de la fenêtre d'apparition basée sur les incidents signalés.
L'implication critique : un plongeur qui monte dans un avion quatre heures après une plongée — en se sentant bien — se trouve encore dans la fenêtre à plus haut risque d'apparition de symptômes. La pression réduite de la cabine (équivalente à 1 800–2 400 m d'altitude) dilate davantage les microbulles silencieuses déjà présentes. C'est exactement le mécanisme derrière le scénario de Ko Tao qui ouvre cet article.
4. Facteurs de risque qui multiplient vos probabilités
L'ADD n'est pas aléatoire. Certains facteurs physiologiques et comportementaux augmentent significativement la probabilité que des bulles d'azote se forment et causent des blessures. Les reconnaître avant de plonger est de la prévention. Les reconnaître après fournit un contexte pour un diagnostic plus rapide.
5. Protocole de premiers secours DAN
L'accident de décompression n'est pas traitable sur le terrain. Mais ce qui se passe dans les 30 premières minutes après l'apparition des symptômes — avant le caisson hyperbare — détermine quelle partie des dommages neurologiques est réversible. Le protocole suivant est approuvé par DAN (Divers Alert Network) et est le standard mondial de réponse en mer et en bord de bateau.
Arrêter immédiatement de plonger
Tout symptôme pouvant être un ADD — douleur articulaire, modifications cutanées, engourdissement, vertiges — met fin à la journée de plongée. Il n'y a pas de « plongeons encore une fois pour voir si ça s'améliore ». Une exposition supplémentaire à la pression ne traite pas l'ADD ; elle charge plus d'azote et aggrave la formation de bulles. Annuler toutes les plongées prévues pour tout le groupe si un cas d'ADD est suspecté.
Administrer de l'oxygène à 100% en continu
Utiliser un masque à non-réinhalation à un débit ≥10 L/min. Respirer de l'oxygène pur crée un gradient de pression maximal entre les poumons et les tissus, accélérant l'élimination de l'azote du sang. Ne pas utiliser de détendeur (régulateur de plongée) comme substitut — l'oxygène doit circuler en continu. La plupart des bateaux de plongée de qualité ont une trousse d'oxygène de premiers secours ; demandez lors du briefing si le vôtre n'en a pas.
Hydrater — par voie orale, pas intraveineuse
Si le plongeur est conscient et ne vomit pas, proposer 500–1 000 ml d'eau ou de boisson sportive sur 30 minutes. Cela soutient le volume sanguin et la circulation périphérique. Les liquides IV sont une intervention hospitalière — ne pas tenter un accès veineux en dehors d'un contexte médical sans formation et équipement. L'alcool et la caféine sont contre-indiqués (voir section 6).
Maintenir le plongeur en position horizontale
Allonger le plongeur à plat, pas assis. La position horizontale empêche les bulles veineuses de migrer vers le haut dans la circulation cérébrale sous l'effet de la gravité. Si le plongeur vomit, le mettre en position latérale de sécurité (côté gauche). Ne pas surélever les jambes (position de Trendelenburg) — c'est une recommandation obsolète qui augmente le risque de migration de bulles intracrânienne.
Appeler le numéro d'urgence DAN — maintenant, pas plus tard
Urgences DAN : +1-919-684-9111 (24h/24, 7j/7, mondial). Le médecin de garde évalue le cas, conseille sur la priorité d'évacuation et identifie le caisson hyperbare le plus proche. En Asie du Sud-Est, les caissons les plus proches sont à Ko Samui (depuis Ko Tao), Pattaya et Kuala Lumpur. À Bali, le caisson le plus proche est à l'hôpital BIMC Nusa Dua. Ne pas attendre de voir « si ça s'améliore ». Appeler pendant que le plongeur est encore symptomatique — cela change le protocole de traitement.
6. Ce qu'il ne faut pas faire
Les actions suivantes sont souvent entreprises par des plongeurs et des témoins bien intentionnés — et toutes aggravent les résultats de l'ADD.
7. Votre centre de plongée compte plus que vous ne le pensez
L'accident de décompression ne survient pas de manière aléatoire. Les données d'incidents montrent systématiquement une corrélation entre les pratiques des opérateurs de plongée et les taux d'ADD : groupes surchargés qui précipitent les remontées ; moniteurs qui sautent les paliers de sécurité pour rester dans le planning ; opérateurs qui envoient des débutants insuffisamment équipés dans des courants qu'ils ne peuvent pas gérer.
Un palier de sécurité de 3 minutes à 5 mètres omis réduit l'efficacité de dégazage de l'azote d'environ 30 à 40%. Une remontée précipitée au double du taux recommandé peut doubler la charge de bulles dans les compartiments tissulaires critiques. Ce sont des décisions opérationnelles — prises par le centre de plongée, pas par le plongeur.
Lorsque vous recherchez un centre de plongée sur ScubaProof, le score Sécurité reflète les données agrégées des évaluateurs sur exactement ces comportements : discipline de remontée, respect des paliers de sécurité, gestion de la taille des groupes et disponibilité de l'oxygène d'urgence. Les centres de plongée avec des scores Sécurité inférieurs à 3,5 présentent statistiquement une fréquence plus élevée de phrases telles que « remontée précipitée », « pas de palier de sécurité » et « le moniteur était pressé » dans leurs avis vérifiés.
Choisir un centre de plongée avec un score Sécurité élevé n'est pas un luxe. C'est l'action la plus directe que vous puissiez entreprendre pour réduire votre risque personnel d'ADD avant d'entrer dans l'eau.
